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La Révolution d’Octobre par Alexander Douguine

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Il y a beaucoup à dire sur la Révolution d’Octobre. Cela fait indubitablement partie de notre histoire et nous en assumons la responsabilité. Par conséquent, nous sommes simplement obligés de comprendre le sens de cet événement.

 

Premièrement, à l'époque soviétique, la Révolution d'Octobre était vénérée comme quelque chose de presque sacré, comme un événement marquant le début du cycle soviétique.

En URSS, cette date était considérée comme le début d’une période infinie conduisant finalement au communisme. Mais il s’est avéré que ce n’était qu’une époque qui a commencé en octobre 1917 et s’est terminée en 1991. Cela signifie que la compréhension soviétique de la Révolution d’Octobre est profondément incorrecte. Nous avons pris une chose pour une autre et nous sommes follement attachés à une vieille interprétation. Nous devons trouver une nouvelle explication pour cet événement, car l’ancienne, la soviétique, s’est révélée fausse.

Deuxièmement, cette évaluation positive et idéalisée d'Octobre 1917 a prévalu dans notre société comme étant la seule possible depuis 70 ans.

C’était faux, ce qui signifie que nous devons chercher une autre explication. Et il est important de prendre en compte la position de l’autre moitié du peuple russe, qui n’était pas en faveur des Rouges, mais des Blancs. Pour les Blancs, la révolution était le résultat de la conspiration monstrueuse d’une secte infernale, purement satanique, qui utilisait la tromperie et la violence pour s’emparer du pouvoir et abandonner radicalement toute légitimité après la dissolution de l’Assemblée constituante. De plus, les Blancs ont surtout souligné que les bolcheviks étaient largement constitués de minorités nationales et comptaient sur des brigades étrangères, telles que des fusiliers lettons ou même des soldats chinois. En d’autres termes, Octobre a été vu comme une prise de pouvoir violente par une organisation terroriste russophobe. Cette évaluation, purement négative, est probablement tout aussi loin de la vérité que celle de l’Union soviétique. En effet, ça l’est. La théorie de la conspiration des gardes blancs est tout aussi inacceptable que le culte soviétique de la révolution d’Octobre.

La vérité ici est quelque peu asymétrique. Tout le monde connaît la fausse interprétation communiste, alors que beaucoup moins de nos concitoyens connaissent la version douteuse et simpliste de la Garde blanche. Il faut au moins corriger cette erreur et assimiler ces deux théories, également discutables, l’absurdité rouge de la nature socialiste de la révolution – dans un pays agraire avec un capitalisme sous-développé et presque pas de prolétariat ! Et l’absurdité blanche d’une conspiration juive. Mais puisque l’absurdité rouge est représentée dans des milliers de films et de pièces, alors laissons faire autant de monuments à l’absurdité blanche. Nous avons déjà une explication stupide de la Révolution d’Octobre sous la forme communiste, qui est un mensonge si répandu que toute tentative de publier les théories de la Garde blanche dans l’esprit d’Ataman Krasnov provoque immédiatement une tempête de protestations. Du point de vue de la justice historique, il faut aujourd’hui donner aux Blancs une estrade absolument libre. Ils doivent même être aidés jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli, d’autant plus que la perception d’Octobre comme une catastrophe est entièrement justifiée, car notre peuple l’a payé avec les millions de vies de ses meilleurs fils et filles.

Troisièmement, nous devons chercher à expliquer le sens historique véritablement profond de la Révolution d'Octobre, ou du Coup d’État d'Octobre, au-delà des interprétations incorrectes et simplistes des Rouges et des Blancs.

Cependant, nous rencontrons ici un problème méthodologique très important. L’histoire est la science de l’interprétation des faits, et pas seulement les faits eux-mêmes. Les faits sans interprétation n’existent pas. Par conséquent, il est impossible d’évaluer un événement idéologique tel que la révolution (ou le coup d’État) sans se fonder sur l’une ou l’autre idéologie. Les Rouges et les Blancs ont leurs plates-formes idéologiques. Même leurs explications fausses et contradictoires sont plus fiables que les théories impuissantes de ceux qui réclament l’objectivité. Il n’y a pas d’objectivité dans l’histoire – il ne s’agit que d’une rhétorique. Ainsi, jusqu’à ce que nous déterminions d’où notre société contemporaine contemple le monde [c’est à dire avec quelle idéologie, NdT], et jusqu’à ce que nous nous reconnaissions nous-mêmes aujourd’hui dans cette vision[idéologique], la signification des événements d’octobre 1917 nous restera inaccessible et fermée.

Quatrièmement et pour finir, 1917 était un phénomène intra-russe. Ce fut un drame monstrueux pour certains et une grande réussite pour les autres.

Seuls nous, les Russes, pouvons décider ce que 1917 était en réalité et comment cela correspond à la logique générale de l’histoire russe. C’est notre affaire et notre révolution. Par conséquent, nous sommes seuls chargés de reconstituer ce puzzle. Personne d’autre.

La Révolution d’Octobre a tenté de nombreux grands penseurs et poètes russes qui ont vu dans la révolution un événement eschatologique et même l’avènement de l’Heure russe. Presque tous se sont repentis plus tard. Mais cela ne signifie pas qu’ils ont attendu l’Heure russe en vain. En termes simples, la vraie révolution russe est toujours devant nous.

Alexandre Douguine

Source Le Saker francophone

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