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Avec la crise migratoire, « La France redécouvre qu’elle est un pays de transit »

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Chercheur au Centre de recherches internationales CERi (Sciences Po), Catherine Wihtol de Wenden est spécialisée dans les migrations internationales. Auteur de « La question migratoire au XXIe siècle », elle donne ce lundi une conférence à Calais. Entretien.

– En matière de migrations internationales, Calais est un symbole. Qu’évoque cette ville pour le chercheur en migrations internationales que vous êtes ?

« Calais évoque surtout le fait que la France se redécouvre être un pays de transit, alors qu’elle est un pays d’immigration. C’était le cas au XIXe siècle où beaucoup de migrants venant d’Allemagne notamment traversaient la France pour prendre le bateau au Havre vers l’Amérique Latine ou les États-Unis. Aujourd’hui, Calais, ce sont tous ces gens qui ont traversé l’Europe, prêts à vendre tout ce qu’ils ont pour aller au Royaume-Uni.

« Les politiques migratoires viennent s’échouer à Calais »

En matière d’analyse politique, les politiques migratoires viennent s’échouer à Calais. Cela montre ses errements, avec un Royaume-Uni qui ne fait pas partie de l’espace Schengen, les errements d’une politique sécuritaire. L’idée, c’est que plus on accueille mal les gens moins ils viendront. Or cette idée de pure dissuasion est erronée. Calais sera toujours en face de Douvres. Et tant qu’il n’y aura pas de meilleur accord entre la France et le Royaume-Uni, il y aura des gens qui passent à Calais et des passeurs. »

– Parmi ces migrants, le discours politique distingue les migrants politiques qu’il est prêt à accueillir et les migrants économiques qu’il veut renvoyer chez eux. La frontière est-elle si tranchée entre les deux ?

« La frontière est très tenue. Parmi les gens de Calais, il y a des gens qui correspondent au profil de réfugié et d’autres qui sont mi-réfugiés mi-migrants économiques. Qui n’ont peut-être pas été personnellement persécutés mais qui sont collectivement maltraités, qui n’ont aucun horizon de vie. C’est le cas en particulier du Soudan. C’est la première nationalité demandeur d’asile aujourd’hui. »

– Vous vous élevez en faux contre l’idée défendue par les politiques selon laquelle si l’on développait les pays de départ, les flux migratoires vers nos pays se tariraient. Pourquoi ?

« À court terme, oui. Il y a eu une étude là-dessus de l’OCDE et de l’Agence française de développement. À court terme, migration et développement fonctionnent ensemble. Plus il y a de développement et plus il y a de migrations, et plus il y a de migrations plus il y a de développement : les transferts de fonds des migrants vers leur pays d’origine sont de 420 milliards, contre 140 milliards d’aide au développement.

« La migration crée du développement humain, et le développement crée de la mobilité »

La migration crée du développement humain, et le développement, c’est-à-dire plus de scolarisation, plus d’urbanisation, plus d’information crée, de la mobilité. Pendant longtemps, on a cru l’inverse en prenant l’exemple de l’Europe du Sud, mais la migration s’y est tarie pour d’autres raisons : l’entrée dans l’Union européenne, un profil démographique en baisse… »

Selon vous, les migrants représentent l’émergence de l’individu sur la scène internationale, jusqu’alors dominée par les États qui adoptent une réponse sécuritaire. Mais que peut un État face à la volonté d’hommes qui veulent réaliser leur parcours de vie ?

« Pas grand chose. Aujourd’hui, on a 30 ans d’échec des politiques de contrôle aux frontières européennes, avec 30 000 morts en Méditerranée. Ça ne sert pas à grand-chose. les migrations représentaient 77 millions de personnes en 2016, 244 millions en 2016. Ça n’a cessé de monter malgré le développement de politiques dissuasives. Elles produisent des morts, des trafiquants, mais ne dissuadent pas, surtout les gens qui viennent de pays où il y a peu d’État. »

Source Nord Littoral

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