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Les manipulations de Monsanto, les lanceurs d’alerte et nous

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L’affaire est entendue : Monsanto a bien orchestré depuis une trentaine d’années une désinformation méthodique autour de la dangerosité réelle pour l’homme de son désherbant phare, le Round-Up, et de sa molécule principale, le glyphosate.

A la faveur d’un procès aux États-Unis entamé par 3500 victimes ou proches de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien (un cancer du sang) qu’ils attribuent à l’exposition à ce produit chimique, des milliers de documents internes de la firme ont été déclassifiés par la justice et rendus publics au cours de l’été 2017.

Leur lecture n’horrifiera que ceux qui ont encore une foi inébranlable dans l’impartialité de la science et l’indépendance sans faille des agences d’évaluation de santé.

Conflits d’intérêts flagrants, mémos internes accablants, scientifiques payés par Monsanto, ghostwriting (articles écrits par Monsanto et signés par des scientifiques), reclassement de leurs experts dans les agences d’évaluation européennes… tout les ingrédients sont là pour un scandale sanitaire trop longtemps occulté. Décortiqués hier par le journal le Monde, les méthodes odieuses de ce géant de l’agro-business, son emprise sur les études scientifiques et les décideurs politiques sont dénoncées de longue date par des associations lanceurs d’alerte comme Génération Future.

C’est d’ailleurs en partie leur travail de contre-expertise et de lobbying qui a alerté l’opinion publique et convaincu le Parlement européen de rejeter le 4 octobre la proposition de la commission européenne sur les perturbateurs endocriniens (dont le glyphosate), loi considérée à raison comme trop imprudente et trop peu contraignante.

Nous avions nous-mêmes émis des réserves sur l’indépendance des expertises sur le sujet en avril dernier lorsque, la même année, le Centre international de recherches contre le cancer (Circ) de l’OMS déclarait le glyphosate un « cancérogène probable » tandis que l’Agence européenne des produits chimiques déclarait ce produit non cancérogène. Les documents déclassifiés de Monsanto révèlent que l’un des hauts responsables de l’Agence européenne était auparavant toxicologue chez Monsanto, et qu’il écrivait en 2002 dans un courrier interne :

« Bien que nous ayons accepté de répéter une étude in vitro de pénétration dermique sur la peau du rat, nous sommes parvenus à la conclusion que la pénétration du glyphosate aurait été probablement supérieure aux 3% requis par les autorités allemandes. Nous avons donc décider d’arrêter l’étude (effectif ce matin) ».

Une certaine idée de l’expertise…

De même, les documents déclassifiés montrent qu’une étude qui mettait en évidence une hausse des lymphomes chez les souris exposées au glyphosate a été écartée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments au motif qu’elle n’était pas fiable.

Après vérification, il s’avère que ce « manque de fiabilité » n’avait aucun fondement scientifique réel, si ce n’est le doute instillé par un expert de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA), Jess Rowland, lors d’une téléconférence d’expert (TC 117) de septembre 2015. Retraité début 2016, celui-ci exerce désormais comme consultant pour l’industrie chimique. Les avocats des victimes n’ont pas réussi à obtenir le nom de ses employeurs… Bref, vous avez compris l’idée.

Les grands media se sont tous emparés de ce scandale et font leur travail d’information du public et c’est très bien. Mais si des victimes courageuses n’avaient pas porté plainte et si les associations n’avaient pas fait ici leur travail d’alerte et de contre-expertise de longue date – parfois en prêchant dans le désert – nous en serions encore à ânonner tous en cœur que « les études de référence » et les « autorités de santé » confirment que le Round Up ne pose pas de problème.

Pour avoir été les premiers à alerter sur différents problèmes sanitaires, les associations ou les média spécialisés comme Alternative Santé et d’autres ont parfois pris des coups, notamment venus d’une presse généraliste un peu moralisatrice qui se drapait à peu de frais dans les habits confortables de « la vérité scientifique » (celle du moment, avec les limites qu’on connait) pour nous faire la leçon. Au choix, sur le Médiator, le Gardasil, la pilule contraceptive… Nous préférons prendre au sérieux les victimes et – parfois au milieux des soupirs ou des haussements de sourcils – élever la voix quand planent des dangers avérés ou plausibles sur notre santé.

Le même genre d’attitude préside aujourd’hui aux débats autour des vaccins obligatoires : faudra t-il attendre d’autres scandales, d’autres procès, d’autres dé-classification de documents secrets ou la preuve d’autres études scientifiques bidonnées pour que les media grand publics prennent enfin ces questions au sérieux ?

Source Alternative santé

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