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« Sacrifier scientifiquement le père est une forme ultime de violence faite aux enfants »

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Le pédopsychiatre Pierre Lévy-Soussan s’insurge contre l’ouverture de l’AMP aux femmes célibataires et aux couples de femmes. PAR PIERRE LÉVY-SOUSSAN

Cet avis (du Comité consultatif national d’éthique, NDLR) proposant d’ouvrir l’AMP (assistance médicale à la procréation, NDLR) sans condition d’infertilité ou de couple à toutes les femmes est une régression sur de multiples plans : une régression du dialogue démocratique, une régression de la place du père, voire de l’homme, une régression des droits de l’enfant et d’une conception humaniste de la médecine.

Est-il en premier lieu permis de s’interroger sur le type d’« expertise » dont se prévaut le CCNE lorsqu’on constate qu’aucune société savante, aucune association spécialisée dans le domaine de l’enfance n’a été auditionnée ? Pourquoi balayer d’un revers de main les études – qui existent – démontrant que les enfants se trouvant élevés par des couples de même sexe vont plus mal, et non « ni mieux ni moins bien », que les autres ? Pour être tout à fait juste, lorsque le CCNE prend en compte les études contredisant ses arguments (par exemple celles qui démontrent que les enfants des femmes seules présentent une surmorbidité de troubles psychiatriques), c’est pour balayer à nouveau cette contrariété d’un revers de main au profit du droit à « l’émancipation », du droit à « l’autonomie » de l’individu, pour affirmer malgré tout la supériorité du « désir d’enfant » sur l’inégalité de ces enfants que l’on va scientifiquement priver de père.

“L’éradication scientifique du père est une utilisation particulièrement perverse de la science.”

Transformer un enfant « de la science » en son enfant ne va pas de soi, cela fait appel à toutes les ressources psychiques, symboliques, affectives du couple et parfois en vain tant cette exigence de travail psychique s’enracine dans une trajectoire personnelle compliquée où chacun s’empêche d’être père ou mère pour des raisons inconscientes, familiales, anciennes. Combien de femmes se rendant à l’étranger pour se faire « inséminer » découvrent à leur grande surprise les difficultés liées à leur solitude, à l’épuisement physique et psychique que peut provoquer la venue d’un bébé, combien d’entre elles se trouvent très vite démunies face aux questions taraudantes de l’enfant. Les réponses toutes faites ne suffisent jamais (« d’autres enfants n’ont pas de père », « il vaut mieux être seule que mal accompagnée », « j’avais beaucoup d’amour à donner »…) tant cette question plonge dans l’intimité de la femme, et dans une histoire personnelle souvent complexe. Charge à l’enfant de porter cette histoire, parfois bien lourde pour lui, dans une relation duelle, un face-à-face qu’aucun homme ne viendra limiter, interrompre, temporiser.

L’éradication scientifique du père est une utilisation particulièrement perverse de la science puisqu’elle utilise une technique pure – grâce à des « fournisseurs de ressources biologiques » (dixit CCNE) – nécessaire et suffisante pour créer un bébé. Mais à quel prix ? Au prix d’un déterminisme irréversible dont il portera des traces toute sa vie : celui d’être apatride, étymologiquement « sans pays du père ». Il faut avoir le courage de le dire. Même dans les foyers infertiles qui ont recours au don de sperme, certains enfants souffrent de rester « étrangers à leur famille » : ils exprimeront ce mal-être, par exemple, par « l’impossibilité de connaître leurs origines biologiques ». Or, imaginer qu’une levée de l’anonymat du don pourrait pallier la privation de filiation paternelle est un leurre supplémentaire : un père n’est jamais réductible à du sperme, à un donneur, à un « fournisseur », mais il est une fiction, pour parler comme Joyce, nécessaire à l’enfant et auquel l’enfant « croit ».

“Sacrifier scientifiquement le père est une forme ultime de violence faite aux enfants. Un jour ou l’autre, il faudra en payer le prix.”

La liberté des unes, adultes qui, bien souvent, ont toutes les raisons conscientes et inconscientes de se défier des pères et en conséquence des hommes, ne doit pas s’exercer aux dépens de celle des autres, en l’occurrence des enfants, que la société doit protéger de la toute-puissance parentale. Sacrifier scientifiquement le père est une forme ultime de violence faite aux enfants. Un jour ou l’autre, il faudra en payer le prix.

Source Le Point

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